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La lettre du Père Pedro Opekajanvier 2012
"LE PAUVRE" L’histoire du « pauvre » dans l’Humanité a toujours été triste et dramatique ! Depuis la nuit des temps et depuis que l’on a inventé l’écriture, on a écrit beaucoup sur le pauvre comme étant un être humain à part, au plus bas de l’échelle sociale et au plus bas dans l’estime des gens. Jusqu’à présent, personne n’a jamais pu le sortir de sa condition, ni d’ailleurs le supprimer malgré toutes les oppressions qu’il a subit ! Est-ce un rêve ou une réalité de vouloir, pour certains, tellement aider ce frère pauvre à se mettre debout, afin qu’il retrouve sa dignité et sa fierté d’exister, et qu’il puisse enfin pouvoir vivre en être libre et indépendant ? Je constate, dans mon histoire personnelle et dans ma relation avec eux, que « le pauvre » est dépendant de ses bienfaiteurs, et par conséquent, il est toujours en état de soumission. Celui qui donne, qu'on le veuille ou non, est toujours au dessus de celui qui reçoit. Celui qui donne, avec parfois une grande naïveté mais en se croyant supérieur en terme de progrès, veut souvent, et sans toujours le vouloir, tout enseigner et expliquer aux pauvres. Sur les causes de sa pauvreté, sur les problèmes d’hygiène, sur comment prévoir le lendemain, comment s'occuper de ses enfants, comment épargner les centimes d'euro qu’il gagne par jour, comment gagner de l’argent facilement, en fait sur tout ce qui concerne sa vie. « Le pauvre », lui, doit toujours remercier. Il doit recevoir et se mettre presque à genoux aux pieds de celui qui vient l'aider. « Le pauvre » est celui qui doit être toujours disponible à recevoir, remercier, chanter, danser pour ses bienfaiteurs ... Quel théâtre !!! Cela on l’a vu dans toutes les cours royales ou républicaines. Le comble c’est que « Le pauvre » est la pièce maîtresse pour des recherches universitaires dans le domaine social. Il doit toujours répondre aux enquêtes des étudiants d’universités ou d’écoles privées qui réalisent des mémoires de fin d'études. Ils répondent à des questions du type : Pourquoi est-il là ? Pourquoi est-il pauvre ? Pourquoi n’a-t-il pas d’emploi ? Pourquoi n’a-t-il pas de logement ? Pourquoi a-t-il tant d'enfants ? Pourquoi a-t-il perdu l’espérance ? Etc. Une fois les études terminées, certains mémoires obtiennent des mentions « très bien » et proposent, pour la plupart, des solutions aux situations dramatiques que vivent les pays en voie de développement. Mais généralement, tous ces mémoires finissent aux archives et leurs conclusions restent inapplicables sur le terrain. « Le pauvre » doit toujours écouter, toujours accepter les conseils, obéir et se soumettre aux idées et aux caprices de ceux qui viennent des pays soit disant riches, soit disant civilisés, et qui possèdent la haute technologie. Mais nous savons et sommes persuadés que la richesse ne concerne pas que l'argent. Il y a aussi la richesse de l'âme, de la culture, de la sagesse humaine, la richesse de celui qui a simplement du bons sens ! Tout cela, c'est aussi la richesse ! Saint Vincent de Paul avait tellement raison de dire que chaque fois que nous aidons un pauvre, nous devrions nous excuser à l'avance de l’aider, parce que c’est seulement Dieu qui peut aider sans se prendre pour quelqu’un qui serait hors du commun, le plus grand, le plus fort et le plus généreux. Nous les humains, nous aimons tellement nous faire remercier du bien que nous faisons. Notre amour propre est blessé si quelqu'un oublie de nous nommer ou de nous remercier. Bien sur, il n'y a rien de mauvais à remercier, parce que l’homme au fond de lui-même a besoin de rendre le bien qu’il a reçu avec le même respect par lequel il a été aidé. Mais que celui qui est remercié ne se prenne pas pour le grand bienfaiteur ou pour le bon Dieu. Nous devons nous aider tout d’abord par devoir humain et surtout gratuitement ! Tous les talents que nous avons en nous, nous les avons reçus gratuitement (Mt. 10,8), alors c'est normal que nous les partagions gratuitement avec ceux qui vivent dans le besoin et l'extrême pauvreté ! C'est seulement Dieu qui aide à travers les créatures que nous sommes ! Alors nous ne devons pas prendre la place de Dieu, mais nous devons rester ses envoyés, ses porteurs de messages et non pas se prendre pour les propriétaires du message ! Ne nous prenons pas trop au sérieux quand nous faisons de l’humanitaire ou de la charité, nous devons le faire par vocation humaine et grâce à notre foi en Jésus notre grand frère qui a toujours agit en silence et qui ne voulait jamais que cela se sache ! Par exemple, certaines personnes aiment parrainer un petit enfant quelque part dans le monde en disant : " j'ai un filleul " comme si cet enfant lui appartenait. Il ne suffit pas de donner quelques euros pour sa nourriture, ses habits et ses études, il nous faut renoncer à nous approprier ces vies humaines ! Mêmes les parents ne peuvent pas dire que leurs enfants leur appartiennent. Les enfants sont confiés aux parents pour qu’ils soient des éducateurs, des administrateurs de la vie reçue du Créateur. Ils doivent les faire grandir et leur donner une éducation, mais ces enfants naissent libres et égaux, et cela est sacré ! Nous devons les respecter dans tous les pays du monde ! « Le pauvre » est notre frère, à part égale, avec la même dignité, les mêmes droits, les mêmes honneurs et les mêmes privilèges. Tout ce que nous avons en trop ne nous appartient pas. Le proverbe indien que le Père Ceyrac aimait tellement rappeler, « tout ce qui n’est pas donné est perdu », est tellement vrai. Tout ce que l’on a en trop devrait être partagé d'une manière juste, équitable et respectueuse, c’est ce que nous souhaitons ! « Le pauvre » est une personne humaine qui a un cœur, des sentiments, qui a son honneur, sa dignité, et qui a droit à être l’égal de tous ses frères et sœurs de notre Terre. Chers frères donateurs, renoncez à vos désirs de possession, à vous faire remercier, à vous faire passer pour des personnes d’exception. Devant notre Dieu, vous n’avez fait que votre devoir d'aider celui qui se trouve dans le dénuement, qui est malade, qui a faim et qui est sans abri ! Si vous l'avez aidé, c’est naturel et c’est beau et Dieu vous rendra au centuple le bien que vous avez fait, alors pourquoi vous soucier de vous faire remercier ? Finalement, aider notre frère doit être la chose la plus naturelle à faire pour un être humain. Jésus nous a dit : « Celui qui a deux tuniques partage avec celui qui n’en a pas » (Lc 3,11). Même si celui qui reçoit ressent le besoin naturel de remercier et d’exprimer sa joie d’avoir été secouru et aimé par une autre personne, cette même personne doit seulement dire : « je ne fais que mon devoir » ! Jésus nous dit également : « Que ta main gauche ne sache pas ce que fait ta main droite » (Mt 6,2-4), et il a dit aussi : « qu’il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis » (Jn 15,13). La gratuité de l'Amour et du don de Dieu, c'est la plus grande preuve de son existence ! Cette réflexion doit nous aider à prendre conscience que nous sommes interdépendants. Le pauvre d’aujourd’hui pourrait être le riche de demain et inversement, alors pourquoi ne pas essayer d’être plus courageux en abattant tous les murs qui séparent riches et pauvres, noirs et blancs, hommes et femmes, citoyens et étrangers. A tous ces défis nous devons proposer de nouvelles alternatives, basées sur une confiance réciproque, un partage équitable et une fraternité sans frontière. Depuis que l’homme a pris conscience de ces droits et devoirs, des progrès importants ont été réalisés, grâce à Dieu. Néanmoins, il reste encore le grand défi de l’Humanité qui serait de faire du pauvre, un frère à part entière ! Quelqu’un qui ferai parti de la même famille Humaine ! Toutes les générations devront répondre un jour de ce qu’elles ont fait pour réduire la distance avec les pauvres de leurs temps, et dans quelle mesure ils ont voulu construire un monde de fraternité ! Dernière question : pourquoi Jésus nous a dit : « Des pauvres, en effet vous en avez toujours avec vous… » (Mt 26,11) ? Il nous faut apporter une réponse concrète, personnelle et communautaire pour que les pauvres de notre temps qui sont de toutes langues, de toutes tribus et de toutes nations puissent enfin vivre dans le respect et la communion. Père Pedro Les lettres précédentes:
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