La lettre du Père Pedro Opeka

Janvier 2007

Chers amis,

Je voudrais tout d’abord, en mon nom comme en celui d’Akamasoa et de tous ceux qui m’entourent, vous souhaiter, à toutes et à tous, une excellente année 2007. Qu’elle vous apporte bonheur et santé, joies familiales et professionnelles.

A Akamasoa nous avons commencé l'année avec des drames :

-- Le 2 janvier un monsieur qui avait habité chez nous, a tué sa femme, âgée de 36 ans et mère de 6 enfants! Il se droguait, et nous avons du l’expulser du village. Il revenait néanmoins toutes les semaines sous prétexte de visiter sa mère qui habite toujours chez nous. Durant ces visites il a convaincu une maman de 5 enfants de le suivre. Elle a accepté et a eu un sixième enfant avec lui !
Ce crime avait eu lieu en ville dans sa cabane construite au bord d'un précipice.
La police a relâché ce monsieur, et il est venu à l'enterrement de celle qu’il avait tuée à Akamasoa ! Après l'enterrement, une foule en rage a voulu le tuer sur place! Dieu seul sait d'où j'ai sorti assez de forces pour m'y opposer, avec quelques hommes plutôt timides, et empêcher un nouveau crime... Nous ne devons jamais accepter de nous faire justice nous même.
Nous avons réussi à le mettre dans une voiture Akamasoa et à l'emmener à la gendarmerie pour qu'il soit livré à la justice...

-- Le jeudi 4 janvier, pendant toute la nuit, nous avons transporté, avec nos ambulances et toutes nos voitures, 75 personnes qui s’étaient intoxiquées en mangeant de la nourriture avariée : du riz, des hors-d'oeuvre, des pâtes jaunes qui étaient jetées dans les ordures.
Grâce à Dieu nous avons pu sauver toutes ces personnes! Mais nous avons eu très peur de cet accident qui nous arrive déjà pour la cinquième fois. Comment est-il possible que des gens en viennent à manger des choses tellement abîmées ? La pauvreté et l'habitude finissent par faire perdre à ces braves gens tout sens du danger.
Nous avons alerté les autorités et nous avons porté plainte contre des grandes surfaces qui jettent ces aliments périmés et abîmés sans se soucier de les détruire. Nous avons également averti les medias qui s’en sont fait l’écho dans les journaux, la radio et la télévision.
Nous crions depuis des années qu'il faut supprimer cette décharge, la transférer ailleurs, dans un lieu non habité et que le nouveau dépotoir soit clôturé comme il se doit, sinon les gens vont toujours venir s'installer dessus. On ne peut pas tolérer une décharge à ciel ouvert ! La Commune de la capitale ne peut pas ignorer ce qui se passe dans cette décharge ! On l'a dénoncé maintes fois : cette décharge a tué un millier d'enfants ! Il y a des familles qui ont perdu jusqu'à 7 enfants !
Injustice qui crie au Ciel ! Personne ne pourra jamais dire que nous n’avons pas alerté sur le danger de cette décharge et l’immoralité de laisser ce dépotoir à coté des villages où vivent des milliers de familles et d'enfants.
L'histoire jugera le laisser-aller et l'indifférence des autorités de la Commune qui ne se sont jamais intéressées à porter secours à des milliers de familles qui vivent dans les ordures. Indigne et immoral de tout point de vue !
Dieu seul sait ce que Akamasoa a fait pour empêcher que toute l'étendue de la décharge ne soit occupée par des cabanes de fortune avec des milliers des familles ! Un combat de tous les jours à l'insu ou dans l'indifférence de tous les responsables. Un combat qui nous tient à coeur et que nous ne cesserons de mener jusqu'a que cette décharge soit supprimée ou déménagée loin d'ici.
Malheureusement un quart de notre population ne souhaite pas voir disparaître cette décharge. Les gens se sont tellement habitués à la misère, qu'ils ont perdu tout repère de dignité dans ce domaine. C'est aux autorités et aux organismes humanitaires de les convaincre qu’il n' y a pas d'avenir sur une décharge, sauf y trouver la maladie, la violence, l'alcool, la drogue, la délinquance et la mort précoce...
Mais ceux qui y sont depuis toujours ne peuvent avoir un recul nécessaire pour voir tout cela. Ils pensent que c'est leur destin de vivre ainsi et que la pauvreté dans laquelle ils vivent est une fatalité ou un héritage.
Par contre - et heureusement -75 % des personnes comprennent de plus en plus que seuls, la propreté, l’école, et le travail en dehors de la décharge peuvent les mener vers un vrai progrès. Prés de 800 familles vivent autour de la décharge d'Andralanitra.

-- Aujourd’hui, mardi 9 janvier, le journal "Malaza" fait la une sur cette affaire et me présente sur une grande  photo avec deux enfants récupérés dans la décharge. Dans ce reportage également je réagis au discours du Président de la République lors de la cérémonie de présentations de voeux au Corps Diplomatique et au Gouvernement malgache. Le Président  a dit qu'il fera poursuivre les pères de famille qui abandonnent leur foyer et ne donnent pas une pension à leurs enfants ! J'appuie le Président Marc Ravalomana dans ce projet puisque, à Akamasoa, nous avons 50% de femmes seules avec de nombreux enfants qui sont venu chercher secours, parce que, toutes seules, elles ne pouvaient pas faire vivre leur enfants.
Affaire à suivre...

La nouvelle année 2007 s'annonce très combative et chargée en projets. Merci à vous tous de nous soutenir !

Très cordialement,

Père Pedro

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