La lettre du Père Pedro Opeka

Septembre 2006

Chers amis,

Ces jours-ci avec la rentrée scolaire, j’assiste à tant d’images extraordinaires de mamans qui veulent à tout prix faire entrer leurs enfants à l’école !

Pour faire valoriser l’école, nous demandons un minimum de participation d’écolage, par exemple de 50 centimes d’Euros pour trois mois d’études, et bien, ils n’ont pas ces 50 centimes pour faire entrer ces enfants !
Des nombreux enfants ont aidé leurs parents pendant les dernières vacances dans la carrière pour pouvoir acheter des cahiers et payer la rentrée scolaire ! Il fallait voir avec quelle fierté et dignité ces enfants allaient acheter leurs cahiers et s’inscrire a leur école !
Le chemin de la autosuffisance et la dignité est long et difficile ! Cela s’apprend lentement tous les jours !
Il y a d’autres mamans qui désemparées ne savent plus quoi faire, puisque les maris les ont abandonnées avec 5 ou 6 enfants et ils sont partis recommencer la même histoire avec une autre femme plus jeune ! Une démission des pères de familles incompréhensible et intolérable qui ne fait qu’empirer la précarité des enfants et du pays en général !
Par tous nos moyens nous essayons de réagir devant ces histoires dramatiques ! Nous devons faire preuve d’imagination tous les jours ! Saint Vincent disait que l’amour est inventif à l’infini ! J’y crois et adhère totalement !

S’il y a une chose que nous refusons c’est l’assistanat ! Toute aide doit être dirigée vers la dignité et l’autosuffisance à long terme !
A la décharge, la même chose ! Toutes ces mamans qui n’ont pas eu les moyens de faire entrer leurs enfants à l’école, elles savent que nos responsables viendront à la décharge tous les jours regarder s’il y a encore des enfants qui sont en train de remuer les ordures au lieu d’aller à l’école ! Dès qu’ils nous voient arriver, ils s’échappent et après ils reviennent doucement ! Ils nous disent : « nous n’avons pas d’argent pour nous inscrire à l’école et pour acheter les cahiers !
Tout cela a une solution ! « Vous savez que vous pouvez payer tout doucement un peu l’argent et vous pouvez avancer ! On vous demande de rendre 5 ou 10 centimes par semaine ! Cela est dans vos possibilités ! »
Tous les jours nous ramenons quelques dizaines d’enfants de la décharge, quelle joie d’avoir convaincu par la raison les enfants et leurs parents ! Nous ressentons comme une grande victoire d’avoir convaincu les parents du bienfait de l’école pour leurs enfants !
Chaque année à la rentrée scolaire, nous devons lutter et aller dans les carrières, dans la décharge et dans la rue pour chercher ceux qui sont toujours penchés vers le moindre effort et qui veulent continuer à vivre dans le « laisser aller » !

Mais il y a ceux qui viennent, par exemple. cette jeune fille de 12 ans qui se plaint devant moi et me dit : « mon père, je veux étudier, je suis du village à côté et le CEG de l’Etat ne reçoit que 40 élèves par classe et nous sommes nombreux à rester sans pouvoir étudier » !
Je regarde cet enfant qui a les yeux en larmes, qui me répète : « je veux étudier, mon père !». Je dois contenir mon émotion ! Je dois rester fort et intransigeant ! Je lui dis que malheureusement il n’y a pas de place chez nous non plus ! Je lui ai dit : « Nos salles de classes de 6ème ont déjà 56 à 60 élèves par classe !» Je pars avec un coeur déchiré sans le montrer extérieurement ! Je savais que la fille reviendrait .
Le lendemain cette fille revient avec sa mère, qui me dit : « J ’ai fait entrer 3 petits dans l’école, mais pour elle je n’ai pas trouvé d’école ! La fille supplie : « Mon père, accepte-moi dans l’école d’Akamasoa !
Devant cette insistance, j’appelle la directrice du collège et je lui demande : « Comment se présentent les classes de 6ème ? Elle me dit que dans les 6 classes parallèles nous avons 56 à 60 élèves par classe ! Je lui dis : « Eh bien, madame Sahondra, veuillez recevoir cette jeune fille dans le collège dès aujourd’hui et mettez-la dans la classe où il y a 56 élèves !
Je vis dans le visage de sa mère la joie d’avoir gagné quelque chose d’important pour sa fille, et dans le visage de la jeune étudiante un bonheur indescriptible ». Elle me dit : « Mon père, tu verras, je vais étudier avec toutes mes forces » ! Nous étions tous contents de pouvoir gagner une bataille contre la pauvreté !
Mais nous vivons cette expérience presque tous les jours, plusieurs fois par jours !

Dommage que ces pleurs si meurtris et sincères ne soient pas vu par nos gouvernants et nos experts de tout genre, qui ne prévoient et ne construisent pas de nouvelles écoles et collèges, pour que chaque enfant puisse aller à l’école comme la « Charte des droits de l’enfant » le requiert et qu’ont signé tous les dirigeants des pays du monde entier !
Imaginez vous qu’à Akamasoa cette rentrée scolaire 2006 -2007, dans nos 4 collèges nous avons accueilli 17 classes parallèles de 6ème avec un effectif que j’ai décrit au-dessus de 55 à 60 élèves par classe !
Nous avons dû embaucher 28 nouveaux instituteurs et professeurs ! Quelle école privée peut se permettre de faire une telle embauche sans faire un trou dans son budget qui ferait couler l’établissement ! Notre établissement n’a pas coulé, au contraire, nous sommes plus forts et plus décidés de sauver jusqu’au dernier enfant qui veut aller à l’école pour s’armer et s’instruire pour la vie !

Si nous avons pu faire cet effort, c’est grâce à vous, chers amis, bienfaiteurs, qui êtes à nos côtés et qui restez fidèles pour nous aider à gagner chaque jour, chaque mois et chaque année une nouvelle bataille contre l’ignorance, l’analphabétisme et surtout la pauvreté et l’exclusion qui en dérive !
Pour nous à Akamasoa le combat continue et pour vous aussi qui êtes avec nous ! Nous vivons dans le même Village « Planète Terre » ! Un jour, je le crois, il y aura plus de justice pour tous ! Pour le moment, c’est le temps de travailler, de croire et de combattre tout ce qui détruit et blesse l’enfant, l’être humain, dans sa noblesse et dans sa dignité !

Bien à vous,

Père Pedro

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